Éthique : mot à la mode, mais aussi, mot en perdition. On hésite à le prononcer, de peur de passer pour un «donneur de leçons», ou un combattant d’arrière-garde. Le vent de l’idéologie libérale a tellement soufflé sur lui qu'il est devenu impraticable.

Les derniers à pouvoir encore s’autoriser «publiquement» d’une «éthique» se trouvent peut-être dans les professions du soin, ou chez ceux dont le métier suppose une déontologie particulière. Auquel cas, ceux-ci doivent bien s’y obliger…

La blouse tombée, «éthique» fait peur — sauf à ceux qui ont déjà succombé à la loi du plus fort, à celle du «oeil pour oeil, dent pour dent», ou qui se conforment sans scrupules aux «normes» en usage... Aux autres le privilège de se demander : «ai-je bien une éthique» ? Hélas, il semble que la réponse soit déjà dans la question…

La bonne nouvelle, c’est que c’est la question qui cloche, pas la réponse. Étant donné «la situation»1, la question me semble désormais moins d’avoir une éthique (ne pourrait-on, d'ailleurs, la «perdre» demain ?) — que d'en retrouver la piste …

la bonne nouvelle

L’éthique n’est pas dans un coffre dont la clé serait perdue dans les profondeurs de la forêt noire… Elle n’est pas non plus réservée à une «classe» d’individus, qui disposeraient de ses «codes». Elle serait plutôt, je crois, à portée de main, et à la portée de tous, pour peu qu'on règle la focale, et qu'on ajuste un peu les ambitions.

Je propose cette première définition : l'éthique, c’est l’activité de pensée déclenchée par la question «que dois-je faire ?» .

Quand je reprends mes enfants sur leur comportement, quand je «décide» de dire ou de taire ceci ou cela, à mon chef ou à mon employé, à ma femme ou à ma mère, etc., j’active toujours quelque chose qui est de l’ordre de l’éthique. Ainsi, même si elle ne fait que m’effleurer, c'est bien toujours à la question « que dois-je faire ? » que répondent les choix que je fais.

Cette approche montre à quel point l'éthique est une affaire quotidienne. Elle en dit long sur notre «nature» fondamentalement éthique — mais aussi, et surtout, sur sa discrétion.

Ces quelques remarques suffisent déjà à préfigurer une partie du programme qui nous attend. Car si tout un ensemble d’actes «éthiques» sont effectués en «pilote automatique», on est en droit de se demander qui, au juste, pilote ? Vers quelle destination ? Avec quel ordre de mission ?

Notes :